Le PS luttera contre l’achat d’avions de combat luxueux par référendum

Il est malheureusement fort probable que le Conseil national approuvera l’achat d’avions de combat complètement surdimensionnés et inappropriés, le tout pour la coquette somme de 6 milliards de francs. Il est indiscutable que la Suisse a besoin d’une police de l’air crédible et efficace. Toutefois, la sécurité de l’espace aérien suisse pourrait tout aussi bien être assurée par des avions de combat plus légers, qui coûteraient non seulement bien moins cher, mais réduiraient également la pollution sonore et atmosphérique. Toutefois, le Département de la défense et le Parlement n’ont même pas examiné d’alternatives. Si ce refus d’étudier toutes les pistes devait se poursuivre, ces questions devront être tranchées par le peuple, dans les urnes.

L’analyse de Pierre-Alain Fridez, Conseiller national:

La surveillance de son espace aérien représente pour chaque pays une mission régalienne. Il incombe à la Suisse d’exercer cette souveraineté et de s’en donner les moyens.

Mais l’évaluation des menaces, de leur probabilité et de leur plausibilité représente une question centrale, le fondement de toute décision. Sans oublier la question du prix et un nouveau paramètre qui s’invite dans le débat : la question climatique.

Au milieu du siècle passé, la folie des hommes a plongé notre continent dans l’horreur et la barbarie. Les pays européens ont décidé de construire ensemble, les ennemis d’hier en tête, une Europe de la paix, à travers la création d’organisations qui ont rapprochés les peuples et les états : citons le Conseil de l’Europe, l’Union européenne ou encore l’OSCE. Ces pays sont allé encore plus loin, en instaurant une structure militaire de défense commune,  l’OTAN qui a eu pour mission durant toute la période de la guerre froide de faire contrepoids au bloc de l’Est pour sécuriser le continent européen. 

L’Europe connait, si on excepte l’embrasement pour des raisons internes voilà 20 ans de l’ex-Yougoslavie et les tensions aux confins de l’Europe entre l’Ukraine et la Russie, la plus longue période de paix de son histoire. Une paix qui est le résultat de l’esprit de collaboration politique et économique, des alliances nouvelles, et du développement des valeurs démocratiques et du respect des droits de l’Homme.  Sans oublier l’OTAN le bouclier qui protège notre continent. L’OTAN a certes perdu certains de ses repères, notamment le monde bipolaire de la guerre froide qui représentait sa première justification.

Il n’en reste pas moins que cette organisation représente aujourd’hui encore une force militaire incomparable et j’aimerais reprendre ici les propos récents de Pascal Boniface, un géopoliticien qui fait autorité en France : «  la soi-disant menace militaire russe n’en est en fait pas une… ». La Russie, même si elle a redressé la tête, n’en reste pas moins un pays avec des moyens militaires sans commune mesure avec ceux de l’OTAN, tout particulièrement dans les capacités du combat aérien.

Imaginer à moyen et même long terme, et le Conseil fédéral en convient dans ses rapports sur la sécurité, une guerre traditionnelle qui pourrait toucher notre pays est une hypothèse quasiment impossible. Pourtant, ce que l’on nous propose, c’est d’armer le pays avec des avions de chasse de la dernière génération, on parle même des F-35, un avion de guerre et d’attaque,  furtif, à peine détectables, en fait le meilleur aujourd’hui sur le marché… cela paraît aberrant, car les véritables dangers qui menacent notre pays sont ailleurs : les dangers liés au réchauffement climatiques …inondations, sécheresses, incendies, éboulements dans les régions alpines…et dans le domaine de la sécurité proprement dite toute la problématique cyber, la criminalité et surtout le terrorisme. Et pour cela il faut d’autres moyens conséquents que l’on peine à prioriser. 

Les avions de chasse de dernière génération, les plus performants que nous promet le Conseil fédéral,  offrent deux possibilités d’engagement où leur rôle est primordial et dans lesquels ils seraient irremplaçables. La première, c’est l’attaque, attaquer un pays voisin, déclencher un conflit… cela n’est à l’évidence en aucune manière dans les intentions de notre pays qui tient à sa neutralité. La seconde résiderait dans l’attaque délibérée d’une autre nation contre nous, avec d’importantes forces aériennes, ce qui permettrait d’engager un combat aérien contre l’envahisseur…une hypothèse qui relève de la politique fiction, car il faut trouver cet ennemi mystérieux et comment oublier la situation géostratégique de notre pays, qui de fait est un peu le passager clandestin de l’OTAN. Et contre une attaque massive d’avions une alternative intelligente réside dans un système de défense sol-air performant ou alors il faudrait pour se défendre seul envisager un nombre conséquent d’avions de combat, ce qui est au-dessus de nos moyens…

Je limite les situations où ces super avions de combat pourraient nous servir, car de fait la possibilité de pouvoir disposer d’avions de chasse des dernières générations est quasiment l’exclusivité d’états souverains. Les autres personnes ou organisations susceptibles de menacer par les airs notre pays, par exemple des terroristes ne disposent pas de tels moyens et ils recourent pour l’essentiel à des méthodes différentes, mais qui peuvent néanmoins causer des dégâts conséquents. 

La menace terroriste existe et notre espace aérien est l’un des points faibles de notre défense. De toute manière la Suisse doit assumer la surveillance de son espace aérien et intervenir pour aider ou identifier toute une série d’aéronefs. C’est pour cette raison que nous considérons que des moyens doivent être alloués pour permettre ces missions de police du ciel. 

Les menaces crédibles susceptibles de menacer notre pays correspondent pour l’essentiel à des attaques perpétrées par des missiles balistiques ou de croisière, des drones ou des aéronefs, par exemple un avion détourné. Les missiles à longue portée, en particulier les missiles balistiques, représentent un risque concret, car certains groupes ou états terroristes disposeraient d’engins ayant une portée de 3000 km, soit notre distance jusqu’au Proche-Orient… Et pour ces différentes attaques, clairement les avions de chasse les plus performants ne sont pas forcément le meilleur outil pour nous protéger.  La pierre angulaire de la défense de notre espace aérien doit résider dans un système de défense sol-air le plus performant possible avec les dernières armes à disposition par exemple le système “Patriot” associé à des méthodes également de défense sol-air de courte portée de type “stinger”. Il faudra choisir les armes les mieux adaptées à la situation particulière de notre pays  notamment eu égard à son profil montagneux, associés à des moyens technologiques permettant la détection très précoce des attaques et le traitement immédiat et efficace des données. Cela représenterait une sorte d’assurance pour notre pays, non seulement face à des attaques de missiles ou autres, mais également face  à une invasion quelconque, très hypothétique comme dit précédemment.

La police aérienne nécessite des moyens aériens afin de participer à l’identification d’un aéronef ou d’une menace quelconque dans l’espace aérien. Pour cela vu qu’il s’agit quasiment toujours en temps de paix d’objets volants non supersoniques, des avions de chasse, légers, peuvent faire l’affaire. Il en existe sur le marché, leur prix est nettement moins important, leur pollution réduite, leur bruit plus supportable et leur coût d’exploitation sans commune mesure avec les coûts des avions les plus sophistiqués actuellement testés par l’armée suisse…fr. 2’000.- l’heure de vol ce n’est pas la même chose que fr. 40’000.-…

Ces différents arguments sont la base de la réflexion du parti socialiste, qui est favorable à l’acquisition de nouveaux  avions de combat, et qui va donc entrer en matière sur le sujet, mais pour proposer le renvoi du dossier au Conseil fédéral pour la réalisation d’un concept plus logique, plus économique, plus respectueux de l’environnement répondant mieux aux défis sécuritaires de notre pays. En substance, faire l’acquisition d’avions de combat légers, engagés pour la formation des pilotes et l’essentiel des tâches de police aérienne, permettant de ménager nos FA-18 dont l’utilisation pourrait être prolongé et qui resteraient à disposition dans certains cas particuliers, et proposer un système de défense sol-air et de détection radar très performant. Et cela pour approximativement la moitié du prix.

Berne, le 10 décembre 2019 / Pierre-Alain Fridez, Conseiller national