Service civil: “une réforme injuste et inutile”

Pierre-Alain Fridez lors de son intervention au Conseil national

Le Conseil national a débattu cette semaine de la réforme du service civil et l’a acceptée par 104 voix contre 86. C’est le peuple qui aura le dernier mot. Avec cette réforme, le Conseil fédéral veut diminuer l’attractivité du service civil.

Détails ici: https://www.tdg.ch/le-service-civil-pourrait-etre-moins-attrayant-810652290187

Le conseiller national Pierre-Alain Fridez a présenté la position de la minorité de la commission et défendu le service civil mais surtout les civilistes qui se sont engagés sans relâche pour notre pays pendant la crise du coronavirus.

Son intervention à retrouver en intégralité ci-dessous:

” La dernière divergence entre nos deux conseils concerne la mesure no 2 qui propose d’introduire un délai d’attente obligatoire de 12 mois lors d’un passage du service militaire vers le service civil. Une mesure  moins brutale que la mesure no1 déjà décidée qui imposera un nombre minimal de 150 jours de service pour tout nouveau civiliste, transféré de l’armée, mais une mesure qui contrevient au libre choix constitutionnel du militaire qui a décidé de servir son pays autrement. 

Oui servir son pays, autrement et… pas refuser de servir ou vouloir se défiler… dans ce cas la voie bleu est plus aisée…

Oui, chers collègues, pour servir ! …. et la récente pandémie du Covid-19 a permis d’en témoigner.

Durant la pandémie, les médias se sont fait largement l’écho de l’engagement héroïque de l’armée, …mais sait-on vraiment qui a été dès le début présent dans nos hôpitaux, dans les EMS, déjà au travail, intégrés dans les équipes soignantes, expérimentés, formés, efficaces et capables d’apporter immédiatement un soutien important aux soignants et un réconfort aux victimes. Je parle des civilistes !

Je reprends ici les chiffres communiqués devant votre commission de politique de sécurité par le conseiller fédéral Guy Parmelin : lors de l’éclatement de la pandémie, quelques 4000 civilistes étaient en train d’accomplir une affectation ordinaire dans les domaines de la santé, du service social ou de l’instruction publique. Du 16 mars à fin avril, 205.000 jours de service civil ont été réalisés.

En moyenne, on retrouvait :

  • 850 civilistes dans les hôpitaux
  • 2550 civilistes dans les EMS ou autres établissements accueillant des personnes nécessitant des soins.
  • Et 500 dans d’autres affectations, notamment l’appui à l’enseignement à distance.

Je tiens à la répéter, car pour moi c’est primordial : au sein des hôpitaux et des EMS, leur connaissance aguerrie du terrain et du travail à fournir a représenté un plus indéniable, les civilistes disposant d’une expérience indiscutable. Et ces compétences semblent leur avoir permis d’être à la fois plus efficaces et nettement moins contaminés par le Covid-19 que des militaires sans expérience mis imprudemment en contact avec une maladie très contagieuse.

Par ailleurs, et c’est à soulever, 221 civilistes supplémentaires, pas astreint au service, ont répondu spontanément à un appel de l’organisation du service civil. Ils ont été déployés dans différents hôpitaux, dont 60 au Tessin, la région la plus cruellement touchée du pays.

L’armée a été mobilisée à grand bruit, et je ne tente pas ici de minimiser l’engagement de nos soldats, ce n’est pas le propos. Mais au plus près de la maladie et de ses risques, près des patients, aux côtés des plus fragiles, au front, ce sont les civilistes qui ont été les premiers sur le terrain. Les premiers dans le temps et en nombre.

Chers collègues, je ne peux m’empêcher de penser que cette réforme de la loi sur le service civil, qui s’apparente en fait à une punition, représente l’équivalent d’une insulte à l’égard du corps des civilistes, de toutes ces personnes qui ont répondu « présent » par leur engagement exemplaire. 

Cette réforme dans son ensemble est injuste, inutile car depuis deux ans le nombre d’incorporation dans l’exigent service civil est en baisse, et surtout cette réforme se révèlera contreproductive pour l’armée : les jeunes appelés encore indécis y réfléchiront à deux fois avant de faire le choix de l’armée, privilégiant d’emblée le service civil… quand ce n’est pas la voie bleue…

Face aux plausibles menaces qui pourraient frapper notre pays, ce n’est pas l’armée qui représente la force appelée en première ligne : pour le terrorisme et la criminalité, ce sont les forces policières. Face aux risques de pandémie, ou de problèmes environnementaux tels des pollutions, des inondations, des éboulements et tous les autres drames que l’on peut imaginer, ce sont les autorités civiles qui sont en première ligne, au sein desquels, aux côtés de la protection civile, on peut compter sur le service civil.

La Suisse a besoin de ses civilistes, et quoi que l’on dise, ils ne menacent pas réellement les contingents de l’armée. Ces jeunes, à travers la preuve par l’acte que représente les 50% de jours de service en plus qu’ils acceptent de réaliser et leur respect avéré de leurs engagements,  témoignent chaque jour de leur volonté de se mettre au service de notre pays.

Je vous demande aujourd’hui, par respect et reconnaissance, de renoncer à cette couche supplémentaire dans la punition que l’on veut imposer à certains citoyens suisses qui veulent simplement servir autrement, et pour le moins utilement, leur patrie et ses habitants. “

Berne, le 4 juin 2020 / Pierre-Alain Fridez, Conseiller national