Moutier: le développement par la proximité

“Dimanche, les citoyens de Moutier auront à choisir entre le statu quo ou un véritable projet de société jurassien. Il est dès lors piquant de constater que les communicants antiséparatistes promettent «plus» à la ville en cas de… maintien dans le giron bernois! Il faut dire que dans l’imaginaire collectif des plus virulents probernois, la jeune République et Canton du Jura s’apparente encore et toujours au désert de Gobi. L’observateur attentif, s’il prend un peu de hauteur, constatera qu’il n’en est rien. Le message politique est par conséquent exactement le même qu’en 2017. Seule la forme change: exit les rats jurassiens et l’omniscience de l’UDC-JB! Le probernois apprend qu’il est désormais «non-séparatiste» et que l’ours de son étendard a été chassé par un «smiley» plutôt cool avec de grandes lunettes de soleil.

Implicitement, ce revirement signifie qu’il a été admis que la campagne haineuse de 2017, menée par quelques fortes têtes, avait été un désastre. On connaît la suite: la session de rattrapage, orchestrée à Courtelary par une préfète aux accointances connues avec cet influent groupuscule antijurassien, trouvera son épilogue dimanche. 

Le meilleur rapport qualité-prix

Dépourvus d’arguments rationnels – la cynique instrumentalisation de l’hôpital en est révélatrice – les probernois s’encoublent dans des propos confinant à la mauvaise foi. Non, le Jura n’est pas un enfer fiscal! Et l’arrondissement administratif du Jura bernois n’est pas l’éden qu’on nous dépeint, foi d’experts neutres. Financièrement, il est sensiblement plus intéressant de vivre dans le Jura et le «rapport qualité-prix» entre les impôts payés et les prestations de proximité fournies dans le Nouveau canton est nettement plus attractif.     

Mais bien davantage que ces considérations fiscales ou administratives, c’est sur le plan politique que les Prévôtois devenus jurassiens pèseront de tout leur poids. Avec 7 députés sur 60 dans le Jura contre 1 élu sur 160 actuellement, la voix prévôtoise saura enfin se faire entendre. Au surplus – et c’est réjouissant – les élu(e)s de Moutier dynamiseront à n’en point douter les instances politiques jurassiennes. Ce contexte sera évidemment bénéfique au développement de la ville.  

Car la communauté de destins est criante entre le Jura et Moutier! Le fait d’avoir vécu plus de la moitié de ma vie en Prévôté n’a en effet pas été un frein à ma récente élection au Parlement jurassien. Cette expérience personnelle est une preuve supplémentaire que la proximité décrite plus haut n’est pas un argument vain. 

La fin d’un long cycle

Du coup, les partisans du «non» sous-entendent qu’un «départ» de Moutier dans le Jura laisserait un trou béant entre Eschert, Roches et Perrefitte. Aussi, il apparaît que le Raimeux ne serait qu’un décor de cinéma en carton-pâte puisque visible et existant uniquement depuis le Grand Val. Fadaises! La ville de Moutier restera bien à sa place et saura poursuivre les nombreuses collaborations qu’elle entretient avec les communes voisines. Le mont Raimeux demeurera quant à lui un écrin naturel d’intérêt majeur en son versant sud autant qu’au nord.

Enfin, l’argument selon lequel un «oui» de Moutier agira comme un levier pour poursuivre une conquête territoriale ne tient pas. Le verdict des urnes du 24 novembre 2013 avait en ce sens été clair. Sous réserve du cas particulier de Belprahon, le «oui» de Moutier marquera dimanche la fin d’un long cycle de l’Histoire. Ce «oui» permettra de tourner la page. “

Patrick Cerf, Corban
Ancien citoyen prévôtois
Député au Parlement jurassien

Delémont, le 23 mars 2021 / pch