Et si un vent nouveau soufflait sur la Poste?

Depuis des années, nous assistons impuissants au démantèlement de notre réseau postal. Les bureaux se ferment les uns après les autres et pour ceux qui subsistent leur destin paraît déjà scellé à moyen terme. Dans les pires projections on estime qu’il ne devrait rester que quelques bureaux de poste dans le canton du Jura à la fin des années 2020.

Cette politique orchestrée de fermeture se serait souvent accompagnée, selon nos  informations, de pressions inacceptables exercées par la Poste sur les exécutifs communaux qui se voyaient contraints à des négociations secrètes, condition fixée par le géant jaune pour assurer l’avenir professionnel des employés concernés par ces restructurations.

J’ai prétendu plus haut que l’on se sentait impuissant, car la ligne suivie par la Poste paraissait clairement tracée par le politique qui réclamait toujours plus d’économies, de concurrence et d’adaptation de l’offre. Cette option politique ultra-libérale reposait sur les choix d’une majorité politique claire au sein du Parlement fédéral.

On sacrifiait peu à peu la notion de service public universel sur l’autel de la rentabilité et de l’efficience. Dans le meilleur des cas après la fermeture d’un bureau, on mettait en place dans le village une agence postale, un pis-aller à l’avenir incertain.

Et soudain le choc

Un véritable tremblement de terre, une déflagration dont toutes les conséquences ne sont à ce jour pas connues : l’affaire Car Postal, des pratiques frauduleuses de surfacturation pour des dizaines de millions de francs. Des pratiques inimaginables qui ont mis en émoi l’ensemble de la classe politique, tous partis confondus, et profondément révolté la population.

Pourquoi ? Comment ? Qui ? Qu’est-ce qui a pu motiver les responsables de Car Postal à agir de la sorte ? Pourquoi de telles manipulations comptables ? Certains cherchaient-ils à magnifier des résultats pour s’assurer des bonus supplémentaires ? Toutes les conjectures sont imaginables. Des interrogations qui mériteront des réponses complètes et transparentes.

Des conséquences politiques

Depuis lors c’est comme si un véritable château de cartes était en train de s’écrouler, en tous les cas menaçait de le faire : une direction de la Poste ébranlée, des procédures administratives et judiciaires mises en route, les commissions de gestion du Parlement en quête d’informations, un mythe qui s’effondre… Et surtout beaucoup de questions et de doutes au sein du monde politique. J’en veux pour preuve, par exemple, lors de la session de printemps des Chambres fédérales, l’acceptation par le Conseil national à une large majorité d’un postulat déposé par le conseiller national valaisan Mathias Reynard sur l’avenir du réseau postal. Une véritable première dans ce genre de vote sur le sujet, car ce postulat remet en question la politique ultra libérale de la Poste : il demande l’intégration aux discussions sur l’avenir du réseau postal de toutes les parties concernées, la population des villages ou quartiers, les communes, les cantons et les syndicats.

Le vent est peut-être en train de tourner dans ce dossier particulièrement sensible dans les régions excentrées comme le Jura, des régions pour lesquelles le concept de service universel et de proximité garde tout son sens. Aussi plus que jamais j’encourage les différents exécutifs communaux qui ont pris le dossier à bras le corps et les populations des villages concernés à résister, avec détermination, idéalement de manière concertée, par tous les moyens démocratiques qu’ils pourront imaginer, afin de retarder et idéalement d’empêcher les décisions de fermeture annoncées par la Poste. Aujourd’hui, beaucoup plus que hier, les fermetures ne paraissent plus inéluctables.  La Poste voit sa politique et ses objectifs de rentabilité remis en question par ceux-là même qui lui avaient donné les coudées franches pour agir dans ce sens voilà quelques années, à savoir la majorité politique de ce pays. Car la Poste est allée trop loin, avec trop d’arrogance. L’affaire Car Postal en est le témoignage.

Alors qu’il nous soit permis d’imaginer que dès aujourd’hui un vent nouveau va souffler dans le dossier de l’avenir de la Poste. Mais à la condition que les autorités communales et les populations concernées ne relâchent plus la pression. Et surtout que l’ouverture d’esprit au sein des partis de droite ne soit pas qu’un feu de paille, car jusqu’à présent ce sont clairement les syndicats et les partis de gauche qui ont défendu le service public.

Pierre-Alain Fridez, Conseiller national

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