Finances de l’Etat jurassien : entre la sinistrose et l’inaction, une voie médiane doit être trouvée

Le Gouvernement jurassien a transmis le 7 octobre dernier son message au Parlement jurassien, relatif au processus qu’il souhaite mettre en place afin de trouver 40 millions d’économies ou de recettes supplémentaires. Pas moins de sept ans seulement après le programme d’économies Opti-Ma qui, selon le Gouvernement d’alors, allait être en mesure de garantir un équilibre financier à moyen terme, l’Etat jurassien est à nouveau contraint de passer par un tel exercice. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Des réformes aux conséquences sous-estimées

Parmi les réformes de ces quinze dernières années, la baisse fiscale linéaire du projet « Jura pays ouvert » et votée en 2004 a coûté cher à l’Etat et aux communes. Cet élément ne permet toutefois pas, à lui seul, d’expliquer la situation dans laquelle les finances cantonales se trouvent aujourd’hui et ces prochaines années.

Les retombées de la réforme de l’imposition des entreprises (RFFA) ont de quoi susciter de vives critiques. En effet, dans son message du 29 janvier 2019 au Parlement, le Gouvernement indiquait que le coût de la réforme serait contenu et qu’il se situerait entre 10,8 et 12,8 millions de francs. Or, à peine deux ans après sa mise en œuvre, le bilan est catastrophique : on parle de coûts réels de plus de 20 millions de francs. Et pour quel gain économique ?

Une dette trop élevée et un mécanisme de frein à l’endettement inadapté

Mais qu’en est-il réellement de la dette du Jura par rapport aux autres cantons suisses ? Dans les premiers de classe, on trouve Fribourg, qui n’a pas de dette et qui compte 1 milliard de fortune. Evidemment, si le Jura entend se comparer à ce canton, il a perdu d’avance. En revanche, tous les cantons voisins, que ce soit Berne, Neuchâtel, Bâle-Campagne et Soleure connaissent une dette par habitant plus élevée que la nôtre. Quand on se regarde, on s’inquiète, quand on se compare, on se rassure !

A ce constat s’ajoute le fait que le mécanisme de frein à l’endettement que connaît le Canton du Jura est clairement inadapté à une gestion durable des finances publiques. S’il était appliqué à l’ensemble des cantons suisses pour l’année 2021, seuls quatre cantons seraient en mesure de le respecter : Valais, Zoug, Schwytz et Bâle-Ville. Oserait-on pour autant considérer que tous les autres cantons sont dans une situation financière catastrophique ? Poser la question c’est y répondre.

Quant au spectre de la dette, il convient également de le relativiser en rappelant simplement qu’en la matière, la situation est comparable à celle des années 90, toutefois avec une charge d’intérêts bien moindre.

Quel montant d’économies et de recettes supplémentaires

Pour autant, le constat est implacable : nous sommes devant un déficit structurel que le Gouvernement évalue à 40 millions, la droite à plus encore. En ce qui nous concerne, nous estimons qu’un montant de 20 millions serait déjà de nature à corriger la situation financière difficile dans laquelle le canton se trouve et que les efforts à entreprendre pour y parvenir doivent porter pour 1/3 du montant sur les dépenses, 1/3 sur des recettes supplémentaires et 1/3 sur une réduction des investissements.

Dans ce contexte, la planification financière présentée par le Gouvernement doit être revue en ce qui concerne les investissements. En effet, nous sommes favorables à des investissements importants mais pour autant qu’ils permettent de renforcer l’attractivité directe du canton du Jura. Or, plusieurs des projets prévus ne donneront que très peu de retour, voire aucun. A titre d’exemple, les 25 millions d’investissements prévus dans le domaine informatique sont à notre sens excessifs et devront être revus. Il en va de même dans le domaine routier.

Avec l’arrivée prochaine de Moutier, le Jura aura l’opportunité de revoir certains éléments de son fonctionnement. Il doit faire envie et être attractif. Les plans d’économies, les critiques systématiques à l’égard de l’Etat jurassien ou encore les enjeux de politique politicienne ne serviront pas les intérêts de nos concitoyens ni des générations à venir. Les prochains mois seront difficiles. Essayons tant bien que mal, et sans naïveté, de tirer à la même corde. Si la majorité parlementaire bourgeoise souhaite aller trop loin dans les mesures, nous devrons nous y opposer avec tous les moyens démocratiques à disposition. C’est ici la position du groupe parlementaire socialiste, ainsi que celle du comité directeur du parti.

Fabrice Macquat
Président du groupe parlementaire socialiste

Frein James
Président du PSJ

Tribune publiée dans le Quotidien jurassien

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