INITIATIVE ANTI-SSR : LE FAUX PRETEXTE DU POUVOIR D’ACHAT

par Pierre-Alain Fridez, conseiller national PS, Jura

Une fois n’est pas coutume : l’UDC se fait la championne de la défense du pouvoir d’achat dans la campagne visant à réduire la redevance de la SSR à 200 francs par an et par ménage. On peut ainsi lire dans le fascicule de présentation des objets soumis à votation le 8 mars prochain dans l’argumentaire du comité d’initiative : « Loyers, primes de caisse-maladie, prix de l’électricité … tout augmente. La hausse des coûts de la vie n’épargne personne… Si le oui l’emporte, chacun aura plus d’argent pour vivre, année après année ».

Il est à ce stade nécessaire de rappeler que dans tous les combats menés ces dernières années pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages et de l’ensemble de la population, l’UDC était très régulièrement aux abonnés absents : augmentation des subsides de caisse-maladie, initiative des 10% (pour que chacun ne paie pas plus de 10% de son revenu pour s’acquitter de ses primes de caisse-maladie), protection des locataires, 13ème rente AVS, etc.

Au sein de l’UDC la logique financière qui préside aux choix politiques est simple, baisser l’endettement du pays afin de permettre des baisses d’impôts dont profiteront surtout les plus riches en raison de la progressivité de l’impôt, et … augmenter les dépenses militaires.

Comme le Conseil fédéral a pris la décision de réduire sous peu la redevance à 300 francs par an, le gain à espérer pour les ménages si l’initiative est acceptée se monterait à 100 francs, soit 27 centimes par jour … Mais une véritable économie au final ? La SSR verra ses moyens financiers se réduire fortement, avec comme conséquences des prestations réduites, des coupes dans tous les domaines qui aujourd’hui enrichissent ses programmes : information, politique, mais aussi culture ou sports. Et les chaines privées se frottent déjà les mains à l’idée de vendre de juteux abonnements payants aux téléspectateurs déçus des prestations de la SSR de demain.

La SSR a un mandat d’information et elle contribue aujourd’hui de manière significative à la formation démocratique de l’opinion. Son information se veut de qualité et équilibrée. Par ailleurs, dans une Suisse plurielle et diverse, elle est chargée justement d’apporter une offre plurielle et diversifiée aux différentes régions linguistiques du pays. Et cela réclame une volonté et surtout des moyens.

Aujourd’hui, la SSR dispose de plusieurs sites de production et de nombreux bureaux régionaux. Aucune région n’est aujourd’hui sacrifiée. Demain, après les coupes promises par l’initiative, combien de licenciements, quelle restructuration avec quelles conséquences ? Un seul site de production à Zurich et des bureaux régionaux qui se compteront sur les doigts d’une main ? Nous romands ne pourrions être que les perdants dans l’aventure.

Aujourd’hui, l’initiative ne concerne que la SSR, mais demain ? Les radios locales et les télévisions régionales privées seront-elles les cibles suivantes ?

Une chose est sûre et certaine : cette initiative va provoquer un vide et les fournisseurs privés auront de beaux jours devant eux, car il y aura des parts des montants publicitaires à se partager. Après ce qui existe déjà dans le monde de la presse écrite, assistera-t-on demain à une concentration de l’information parlée et télévisée entre quelques mains, bien riches ? La démocratie n’en sortirait certainement pas grandie.

Une seule réponse s’impose face à ce démantèlement programmé de la SSR : un NON cinglant !

Tribune parue dans Le Quotidien jurassien du 18 février 2026.

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