L’automne des femmes

En 1848, on parlait du « printemps des peuples », en référence à l’ensemble des révolutions que connaissait l’Europe cette année-là. Changement de saison oblige, nous évoquerons ici « l’automne des femmes » (qui est aussi la période de la Saint-Martin), en hommage à la magnifique élection de Nathalie Barthoulot et de Rosalie Beuret Siess, deux femmes socialistes, au gouvernement jurassien. Un bouquet de roses qui aurait mérité d’être complété par une fleur verte. Ce n’est sans doute que partie remise, à condition que la gauche jurassienne construise son unité sur le long terme et sur des actions communes et concrètes.

PSJ No 1

Cette double élection confirme que dans le Jura comme dans bien d’autres cantons, le PS vient en tête en ce qui concerne l’occupation par des femmes des postes politiques les plus importants. Nous en voulons pour preuve que depuis 1979, année de l’entrée en souveraineté, ce sont les femmes socialistes qui ont siégé durant le plus grand nombre d’années au Gouvernement jurassien et au Parlement fédéral.

Des femmes d’Avenir de bonheur, du Parti évangélique, des Verts libéraux, des Verts et du PCSI n’ont jamais occupé l’une de ces deux fonctions. Odile Montavon, de Combat socialiste/POP, a siégé 1 année au gouvernement (1993-1994). La présence féminine aux postes-clés s’amplifie avec le PLR, Anita Rion ayant été ministre durant 8 ans (1994-2002), mais surtout avec le PDC , qui aura des représentantes au Conseil des Etats durant 20 ans : Marie-Madeleine Prongué (Etats 1995-1999), Madeleine Amgwerd (2003-2007) et Anne Seydoux (2007-2019). Mais c’est le PSJ qui décroche la timbale avec des femmes qui occupent un siège de parlementaire fédérale ou de ministre durant 23 ans : Valentine Friedli (National 1983-1987), Elisabeth Baume-Schneider (Gouvernement 2003-2015, Etats 2020), Nathalie Barthoulot (Gouvernement 2015-2020), Rosalie Beuret Siess (Gouvernement 2020).

Evidemment, l’avance du PSJ sur les autres formations politiques d’ici aux élections fédérales de 2023 et aux cantonales de 2025 va s’accentuer, ce constat étant purement mathématique. Il faudra en outre que cette position de force se traduise dans les faits, en particulier dans le domaine de l’égalité, même si les résultats des femmes – socialistes et en général – au Parlement sont nettement plus mitigés. Ce bémol mis à part, il est réjouissant de constater que le succès des deux femmes socialistes au gouvernement intervient dans un canton qui a toujours été à l’avant-garde lors des votations à caractère socioéconomique, mais nettement moins sur les questions de société. Sociologiquement et culturellement, le Jura change.

Dans le top 2 romand

Avec la double élection féminine et socialiste du 8 novembre, le Jura fait désormais partie du top 2 romand s’agissant de la présence des femmes, mais aussi des femmes socialistes dans les gouvernements cantonaux.

Vaud arrive en tête avec 5 (71 %) femmes sur 7 au sein du Conseil d’Etat, dont 3 (43 %) socialistes. Le Jura pointe au deuxième rang avec 2 (40 %) femmes (socialistes) sur 5 au gouvernement. Au troisième rang, on trouve Genève, qui compte 2 (28 %) femmes sur 7 dans son exécutif, dont 1 (14 %) socialiste. Neuchâtel et le Valais sont à égalité, avec chacun 1 (20 %) femme (socialiste dans les deux cas) sur cinq au gouvernement. Mais en mars prochain, le Valais pourrait malheureusement se retrouver sans aucune femme dans son Conseil d’Etat. Fribourg ferme la marche avec 1 (14 %) femme (socialiste) sur 7.

Kamela et les syndicats

Ça bouge aussi ailleurs sur le front féministe, avec en particulier l’élection de Kamela Harris à la vice-présidence des Etats-Unis. C’est la première fois qu’une femme – qui plus est d’origine afro-asiatique – accède à ce poste, tout en ayant de bonnes chances de gravir un échelon de plus dans quatre ans. On ajoutera la réélection, début novembre, de Jacinda Ardern au poste de Première ministre de Nouvelle-Zélande qui, avec 50 % des suffrages et 65 sièges sur 120 au parlement, a offert aux travaillistes leur plus grande victoire depuis 1946. En outre, il y a cinq femmes sur huit membres à la direction du Parti socialiste suisse (PSS). Il y a par ailleurs des progrès féministes sensibles dans les syndicats :

• Au sein du Syndicat des transports (SEV), une femme socialiste, Hanny Weissmüller, a été nommée présidente du personnel des locomotives, alors qu’il n’y a que 4 % de femmes dans cette profession. Une première depuis 1889 !

• Enfin, lors de son congrès de juin 2021, Unia, le plus grand syndicat du pays, pourrait se doter d’une direction à majorité féminine (4 femmes sur 7, contre 3 aujourd’hui).

Quelles belles avancées dans la perspective de la prochaine grève des femmes et à moins de trois mois du 50e anniversaire du droit de vote des femmes (7 février 2021) ! Quel magnifique automne et quelle belle Saint-Martin des femmes ! Comme disait Jean Ferrat : « La femme est l’avenir de l’homme. »

Par Jean-Claude Rennwald, politologue, militant socialiste et syndical. Tribune parue dans le Quotidien jurassien du 12 novembre 2020.

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