L’heure de la 13e rente AVS a sonné

Par Pierre-Alain Fridez, conseiller national PS JU et membres du Comité directeur du PSJ

Personne ne le conteste : l’AVS ne répond de loin plus à son objectif constitutionnel initial qui visait à assurer le minimum vital à nos aînés. Des rentes déjà insuffisantes qui ont encore fondu sous les coups successifs de l’inflation, des hausses sensibles des denrées de première nécessité et de l’énergie et surtout des augmentations répétées des primes de caisse-maladie. La baisse du pouvoir d’achat frappe durement des pans entiers de la population et tout particulièrement nombre de retraités qui peinent à finir le mois.

Tout le monde s’accorde sur le constat, mais pas sur les solutions. Face à la question de la baisse du pouvoir d’achat, on a même entendu dans les rangs de la droite lors des dernières élections fédérales des propositions de baisses d’impôts, une réforme qui favoriserait avant tout celles et ceux qui en payent beaucoup, mais en tous les cas pas les plus pauvres et les retraités.

La solution proposée par les syndicats (une 13e rente AVS) présente l’avantage d’une introduction rapide et d’une réponse ciblée sur la récente baisse marquée du pouvoir d’achat des séniors. Il en coûterait un peu plus de quatre milliards à son introduction.

On joue à nous faire peur

À entendre les milieux économiques et la droite, notre pays n’aurait pas les moyens de se permettre une telle réforme. Accorder le minimum pour l’AVS est une habitude pour la majorité du Parlement : souvenez-vous qu’en mars 2023, le pays n’avait pas cinq à dix francs par mois à verser aux retraités pour compenser pleinement l’augmentation du coût de la vie … et un mois plus tard, on ouvrait grand les vannes à coups de milliards pour venir au secours des grandes banques.

À droite chacun y va de son couplet, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter nous annonce déjà des hausses d’impôts, d’autres mettent en avance une augmentation de la TVA, une taxe injuste par excellence.

Parlons finances

Il est instructif à ce stade de se pencher sur la réalité des chiffres officiels de l’administration fédérale. L’office fédéral des assurances sociales a publié le 30 octobre 2023 un rapport sur les perspectives de l’AVS et les conséquences financières sur dix ans des choix politiques récents et futurs sur le sujet. Récents, la réforme AVS 21 avec l’âge de la retraite des femmes porté à 65 ans et une augmentation de la TVA de 0,4% dès le 1er janvier 2024, et futurs, l’acceptation potentielle d’une 13e rente AVS.

L’analyse des perspectives en cas d’acceptation de l’initiative pour la 13e rente AVS contredit la banqueroute annoncée par la droite. En cas de refus de l’initiative, le capital de l’AVS passerait bien entre 2023 et 2030 de 50 à 67 milliards de francs. Mais en cas d’acceptation de l’introduction d’une 13e rente dès le 1er janvier 2025, la fortune de l’AVS resterait stable sur la même période passant de 50 à 49 milliards en 2030. Avec c’est vrai une baisse programmée par la suite nécessitant le moment venu une mesure correctrice mineure pour contrebalancer le coût de la réforme.

La 13e rente AVS : une bonne affaire pour toutes les générations

La solution suggérée par les syndicats repose sur une hausse de 0,4% des cotisations AVS pour les actifs (idem pour l’employeur) au début des années 2030. Parler d’une hausse même minime des cotisations sociales fait toujours peur et la droite va surfer sur cet argument, mais l’analyse froide des chiffres va démontrer qu’il s’agit paradoxalement d’une vraie bonne affaire pour les actifs, toutes générations confondues. Car pour une hausse minime de cotisations, les actifs d’aujourd’hui vont recevoir à la retraite chaque année une rente AVS supplémentaire qui se monte en moyenne nationale aujourd’hui à au moins 1800 francs.

Pour être concret sur les conséquences de cette hausse minime des cotisations AVS, imaginons un salaire mensuel de 6’000 francs : 0,4% représente 24 francs par mois, soit sur un an 312 francs, l’équivalent de 80 centimes par jour. Une cotisation en plus déductible aux impôts.

Un calcul simple (à titre indicatif et ne tenant pas compte de l’évolution des salaires et mais également des rentes futures sur une longue période) montre que sur 40 ans, un jeune de 25 ans aujourd’hui sera ponctionné de 12’500 francs (en prime déductibles aux impôts) au cours de sa carrière, et qu’en finalité, la retraite venue, il touchera une rente annuelle supplémentaire, dans mon exemple d’au moins 1’800 francs, soit pendant 20 ans jusqu’à 85 ans l’espérance de vie moyenne à la retraite, un total de 36’000 francs. Trois fois plus. Jamais le deuxième pilier dont les prestations dégringolent ou un troisième pilier ne permettraient d’envisager un tel rendement.

L’AVS : un instrument de redistribution des richesses

On joue à nous faire peur car l’AVS, un instrument de redistribution idéal, est une taxe détestée par les plus riches. Chaque franc gagné en Suisse est taxé, sans plafonnement ; ce qui est plafonné, c’est ce qu’une personne peut espérer toucher à la retraite. Voilà quelques années un grand dirigeant de l’industrie chimique bâloise gagnait 20 millions de francs par année : conséquence, il payait un million de cotisation AVS par an, mais ne pouvait espérer qu’une rente entière AVS à la retraite. Dans ce système plus de 90% des habitants de notre pays touchent à la retraite plus que ce qu’ils auront cotisé, car les plus riches renflouent le système. L’AVS est une assurance sociale par excellence.

L’AVS profite à l’essentiel des gens de ce pays, toutes générations confondues. Une 13e rente représenterait une mesure équitable, solidaire à l’égard des aînés et une bonne affaire pour les actifs, notamment pour les jeunes générations.

                                                          Pierre-Alain Fridez, conseiller national

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