Turquie: un référendum que Erdogan ne pouvait pas perdre…

Pierre-Alain Fridez  (photo Keystone / 24Heures)

Dans un pays toujours en état d’urgence depuis le coup d’état manqué du 15 juillet dernier, un coup d’état que Erdogan a qualifié de « cadeau de Dieu », sous les critiques des observateurs de l’OSCE et du Conseil de l’Europe qui considèrent que le vote ne répondait pas aux normes minimales d’un état de droit démocratique, le nouveau sultan a réussi à concentrer encore un peu plus de pouvoirs entre ses mains : un président de la République, également chef du Gouvernement, habilité à dissoudre le Parlement et à nommer les juges de la Cour Suprême, etc.

J’ai vécu de l’intérieur la votation sur le référendum en tant qu’observateur du Conseil de l’Europe. Déployé dans la banlieue d’Istanbul, je n’ai personnellement observé aucune anomalie notable mais je n’en reste pas moins très critique quant au résultat de ce scrutin  que Erdogan ne pouvait en définitive pas perdre. Tout a été méticuleusement orchestré. Un état d’urgence qui a empêché des centaines de milliers de kurdes de voter dans le sud est du pays, une propagande unilatérale dans les médias avec plus de 90 % du temps d’antenne sur les télévisions publiques en faveur du oui, une presse muselée avec 128 journalistes emprisonnés (soit le tiers de l’ensemble des journalistes emprisonnés dans le monde), un engagement total de l’appareil d’état en faveur du oui, un affichage démentiel unilatéral.

La cerise sur le gâteau, l’annonce, durant la journée de dimanche, par la haute Cour de surveillance des élections, que des bulletins non timbrés pourraient également être validés, ce qui rendait possible des bourrages d’urnes. Je ne sais si cela a été le cas, mais ce que je sais c’est la Turquie s’est encore un peu plus éloignée de l’Europe et de la démocratie. Une prochaine étape semble s’annoncer, un nouveau référendum, cette fois pour la réintroduction de la peine de mort, au risque de franchir définitivement la ligne rouge. Ce qui ne semble pas préoccuper la mouvance islamo-conservatrice qui dans son adoration d’un homme semble avoir fait le choix d’une dérive autoritaire et tournée vers l’Orient.

Un bien triste dimanche de votation et j’ai bien peur que l’avenir de la Turquie ne s’assombrisse encore jour après jour.

Pierre-Alain Fridez, Conseiller national, Membre du Conseil de l’Europe / Delémont, le 24 avril 2014

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