Des avions de combat : pour quoi faire ?

Le 18 mai, nous serons appelés – une fois de plus – à nous déterminer sur un des mythes fondateurs de la Suisse telle que nous la connaissons. Un réduit surarmé, totalement indifférent à l’évolution géostratégique mondiale comme à celle des pays qui nous entourent. Au total, l’achat de 22 Gripen qui n’existent aujourd’hui que sur papier va – à long terme – coûter près de 10 milliards aux contribuables helvétiques, sans garantie que ces avions ne volent un jour, ni que de présumées compensations alimentent les carnets de commandes de nos industries.

Avant de glisser son bulletin dans l’urne, il convient de donc s’interroger : cet argent ne serait-il pas mieux investi dans la formation, les transports publics ou dans nos assurances sociales ? C’est que, pour se payer ces appareils, il faudra épargner ailleurs. Peu importe quel fonds servira à les acquérir, il n’est pas possible de dépenser le même franc deux fois. Alors que deux cantons sur trois et de nombreuses communes vivent à l’heure de douloureux programmes d’économies, il faudra donc s’attendre à de nouvelles coupes sévères.
Par ailleurs, l’armée de l’air helvétique est déjà très bien équipée en comparaison internationale. Ses 32 F/A-18 – récemment modernisés – suffisent amplement à remplir ses tâches de police aérienne. Acquérir 22 avions supplémentaires représente donc un investissement totalement superflu.

A l’instar de leurs compatriotes, les Jurassiennes et les Jurassiens n’ont pas besoin d’un nouvel avion de combat. Leurs priorités résident dans des salaires décents, des primes-maladies et des logements abordables. Des conditions qui sont loin d’être aujourd’hui réalisées. D’ici-là et malgré les rodomontades, les propos sexistes ou les approximations évasives du ministre de la défense, le PSJ les appelle à faire une véritable pesée d’intérêt et à refuser catégoriquement une dépense aussi inutile que discutable dans le contexte international actuel.

Les parcs régionaux, un retour sur investissement

Les parcs régionaux ont besoin d’un coup de pouce décisif pour assurer leur avenir. Le parc régional du Doubs est aussi dans l’attente de rentrées financières assurées. Il est parmi ceux qui ont su fédérer les énergies et qui ont grand besoin d’être récompensé à travers un financement national. La motion Imoberdorf qui vient d’être acceptée par le Conseil des Etats va dans le sens d’une meilleure reconnaissance de cet outil qui renforce le développement des petites régions. Elle demande 10 millions de francs supplémentaires pour les parcs régionaux. Pour les Franches-Montagnes, c’est une opportunité.

Depuis plusieurs années, le montant attribué au développement des parcs régionaux est resté fixé à CHF 10 millions par année, alors que le nombre de parcs concernés ne cesse d’augmenter. Prévu à 10-12, on en est bientôt à 20 parcs en Suisse. Or, si la part du gâteau diminue, il est évident que les prestations feront de même. Les parcs régionaux ont pourtant désormais fait la preuve de leur bienfondé, notamment à travers leur importante fonction régionale. Des études ont prouvé que le retour sur investissement était conséquent et que ces parcs ne sont de loin pas des gouffres à millions.

Des missions exigeantes

Pour notre région, le Parc du Doubs a su démontrer le rôle essentiel de sa ou plutôt de ses missions. Le Parc réalise des projets concrets, mais qui ont un coût non négligeable. Il participe à la valorisation des milieux naturels et des paysages et à la promotion d’espèces rares ou en danger. Le parc du Doubs qui fédère de nombreuses communes de l’arc jurassien soutient les efforts des producteurs en vue de favoriser l’écoulement de leurs produits régionaux et par conséquent l’économie locale. Il développe des offres innovantes de tourisme doux permettant de communiquer autour des valeurs naturelles et paysagères des parcs et de profiler la région tout en renforçant la valeur ajoutée. Dans cette délicate mission de répondre aux attentes de la population tout en respectant les valeurs de développement durable, le parc régional du Doubs est en voie de réussir son pari. Il est désormais un acteur incontournable de la scène régionale. Mais ce défi est remis en question pour des questions financières. Rester à 10 millions de francs de subventions annuelles à partager entre un nombre de parcs toujours plus important deviendra difficilement tenable.

La motion du conseiller aux Etats René Imoberdorf – cosigné par les deux sénateurs jurassiens – sera bientôt soumise au conseil national. Il est vital pour l’avenir des parcs régionaux que ce texte soit adopté. L’ampleur du développement régional et sa dynamique en dépendent. C’est dans ce sens que je suis intervenu devant le Conseil des Etats lors de la dernière session. Un oui final des Chambres fédérales serait un signal très positif pour les Franches-Montagnes.

Claude Hêche

1er vice-président du Conseil des Etats